July 7 2026

Les visages derrière le chocolat

En République dominicaine, un voyage d'échange organisé par WSM, la CSC/ACV Internationale, la CSC/ACV Alimentation & Services et leurs partenaires locaux a permis à une délégation belge de remonter la chaîne de valeur du cacao. Une semaine de rencontres qui a donné un visage à l'un des produits les plus emblématiques de la Belgique.

Une machette fend une cabosse en deux. Les fèves blanches, encore enveloppées de leur pulpe, passent de main en main. Pour plusieurs membres de la délégation, c'est une première : ils·elles découvrent enfin le fruit dont est issu le chocolat qu'ils·elles manipulent parfois quotidiennement dans leur travail.

En quelques minutes, la chaîne de valeur du cacao cesse d'être une notion abstraite.

Pendant une semaine, des délégué·es de la CSC/ACV Alimentation & Services, accompagné·es par WSM et la CSC/ACV Internationale, sont parti·es à la rencontre des producteur·trices, des coopératives, des organisations de femmes et des syndicats qui font vivre la filière cacao en République dominicaine. L'objectif n'était pas seulement de comprendre d'où vient le chocolat, mais surtout de rencontrer celles et ceux qui se trouvent au début de cette chaîne de valeur.

« Nous parlons souvent des chaînes de valeur mondiale. Ici, elles ont enfin un visage », un·e délégué·e syndical·e participant au voyage


La République dominicaine, un acteur majeur du cacao

La République dominicaine est le premier exportateur mondial de cacao biologique. Le secteur fait vivre plus de 40.000 producteurs et productrices, essentiellement au sein d'exploitations familiales. Chaque année, le pays exporte son cacao vers de nombreux marchés internationaux, dont la Belgique, où il est transformé par plusieurs entreprises du secteur chocolatier. Derrière ce succès, les producteur·trices doivent toutefois faire face aux effets du changement climatique, à la volatilité des prix et à la nécessité de mieux partager la valeur créée tout au long de la filière.


Tout commence par une cabosse

La première étape conduit la délégation à la Finca Modelo, une grande exploitation qui sert également de “ferme modèle” pour les producteur·trices de cacao.

Les participant·es y découvrent chaque étape de la production : de la récolte des cabosses à la fermentation des fèves, jusqu'au séchage qui donnera naissance aux arômes du chocolat.

Très vite, les échanges dépassent les aspects techniques. Les producteur· trices racontent les changements auxquels ils·elles sont confronté·es : les sécheresses plus longues, les pluies plus violentes et les difficultés croissantes à vivre de leur travail.

Cette première rencontre rappelle une évidence : derrière chaque tablette de chocolat se cachent des milliers de producteur·trices qui doivent faire face à des défis économiques, sociaux et climatiques.

Créer de la valeur… et de l'autonomie

À Arroyo Toro, les femmes de Chocolatila accueillent ensuite la délégation autour d'une dégustation. Les premières bouchées provoquent autant de grimaces que de rires. Les saveurs sont profondes et amères, bien loin du chocolat auquel les Belges sont habitué·es.

La surprise ne s'arrête pourtant pas là. Les femmes expliquent que les fèves ne représentent qu'une partie des richesses de la cabosse. La pulpe est transformée en produits alimentaires et en boissons, comme la liqueur de cacao, afin de valoriser l'ensemble du fruit. Mais derrière ces innovations se cache un enjeu beaucoup plus profond. Transformer le cacao permet surtout de créer davantage de valeur localement et de renforcer l'autonomie économique des femmes.

« Pendant longtemps, nous vendions uniquement les fèves. Aujourd'hui, nous voulons montrer tout ce que le cacao peut offrir… et tout ce que les femmes peuvent créer à partir de celui-ci. »

Le cacao devient ici bien plus qu'une culture agricole : un levier d'émancipation.

La force du collectif

Au fil des visites, un message revient avec insistance : personne ne transforme une filière seule.

À la coopérative El Portón, les producteur·trices, accompagnées notamment par le syndicat CASC, expliquent comment l'organisation collective leur permet d'accéder plus facilement aux formations, aux certifications et aux marchés internationaux.

Cette conviction trouve un écho particulier lors de la rencontre avec CONAMUCA, l'organisation nationale des femmes rurales.


CONAMUCA : 40 ans d'engagement pour les femmes rurales

Créée il y a plus de quarante ans, CONAMUCA (Confederación Nacional de Mujeres del Campo) rassemble plus de 10,000 femmes rurales au sein de 24 associations réparties dans 23 municipalités. L'organisation défend les droits des femmes rurales, leur accès à la terre, leur autonomie économique et leur participation aux instances de décision. Elle accompagne également des productrices de cacao afin de développer la transformation locale et de renforcer leur accès aux marchés.


Pour beaucoup de participant·es, cette visite restera le moment fort du voyage. L'énergie des femmes, leur confiance, leur capacité à proposer des solutions marquent les esprits.

« Les femmes rurales ont toujours travaillé. Aujourd'hui, elles veulent aussi décider», Flor Maria Brioso Mercedes de la CONAMUCA 

Plutôt que de s'attarder sur les difficultés, les responsables de CONAMUCA parlent des projets qu'elles construisent : développer leur propre marque de cacao, former les jeunes femmes, créer davantage de valeur localement et renforcer le rôle des femmes dans les organisations agricoles.

Une même chaîne de valeur, une même responsabilité

Les dernières rencontres en République dominicaine avec la CASC, le syndicat CNUS chez Nestlé et les participant·es au Forum international du cacao montrent que, malgré des réalités très différentes, les préoccupations sont souvent les mêmes : vivre dignement de son travail, bénéficier de conditions de travail décentes et pouvoir défendre collectivement ses droits.

Au terme de cette semaine, une évidence s'impose : Le chocolat n'a pas changé de goût. Mais il a désormais des visages : ceux des producteur·trices qui ouvrent les cabosses à la Finca Modelo;  Celui des femmes de Chocolatila qui innovent pour gagner leur autonomie ; des militantes de CONAMUCA qui démontrent chaque jour que l'organisation collective peut transformer une société.

Autant de rencontres qui rappellent que derrière chaque tablette de chocolat se trouvent des femmes et des hommes qui partagent une même aspiration : vivre dignement de leur travail.


Carnets de voyage – extraits de témoignages des participant•es

Le moment le plus marquant ?
« La rencontre avec CONAMUCA. Leur énergie, leur confiance et leur capacité à transformer les difficultés en actions concrètes nous ont profondément inspirés. »

Le plus surprenant ?
Goûter le cacao brut… et découvrir que toute la cabosse peut être transformée !

Le message que nous ramenons en Belgique ?
Derrière chaque tablette de chocolat se trouvent des femmes et des hommes qui méritent de vivre dignement de leur travail.


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