La mode est partout dans nos vies, mais ses coûts humains et environnementaux restent souvent invisibles. Derrière un jean ou un t-shirt à bas prix se trouvent des chaînes de production mondialisées, des travailleuses et travailleurs confrontés à des salaires insuffisants, à des risques sanitaires et à des conditions de travail difficiles, ainsi qu’une consommation de ressources et une accumulation de déchets considérables.
La journée d’inspiration Just Fashion a réuni les participant·es autour d’une question commune : comment construire une mode qui respecte les personnes et les limites de la planète ? Plénières, ateliers participatifs et échanges ont permis de relier les réalités de la production textile aux habitudes de consommation, aux politiques publiques et aux moyens d’action collective.
Le fil rouge de la journée : il ne suffit pas de rendre les vêtements moins polluants ou de mieux gérer leurs déchets. Une transformation juste doit également garantir un salaire vital, la santé, la protection sociale et une réelle capacité des travailleuses et travailleurs à défendre leurs droits.
En ouvrant la journée, Christine Steinbach a invité à interroger la logique économique qui sous-tend le Black Friday : produire toujours plus, multiplier les occasions d’achat et réduire les citoyen·nes à leur rôle de consommateur·rices. La mode et le renouvellement permanent des collections entretiennent l’idée qu’il faut acheter pour appartenir au groupe, être à la page ou satisfaire un désir sans cesse relancé.
Ce récit masque le travail humain derrière les objets. Lorsque nous achetons un vêtement, nous savons rarement qui l’a confectionné, dans quelles conditions, avec quelle rémunération et au prix de quels risques. Christine Steinbach a rappelé l’importance de l’éducation populaire pour rendre ces réalités visibles et questionner les discours dominants.
Elle a également mis en garde contre une approche qui ferait porter toute la responsabilité sur les individus. Les contraintes de pouvoir d’achat sont réelles, tandis que les choix de production, les prix et les conditions de travail se décident bien au-delà du consommateur. La transformation doit donc être collective et politique, portée par la solidarité avec les travailleuses et travailleurs de l’ensemble de la chaîne textile.
« Imaginons donc une industrie de la mode juste qui place les êtres humains avant les profits, où personne n’est exploité et où la planète n’est pas détruite pour fournir des vêtements bon marché. Imaginons les moyens d’y arriver collectivement ! »
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Modératrice de la plénière : Antoinette Maia, Coordinatrice WSM Belgique francophone
Historienne et autrice du « Livre noir de la mode », Audrey Millet a replacé les dérives contemporaines du textile dans une histoire de plusieurs siècles. La production de vêtements a accompagné l’expansion du commerce mondial, l’exploitation du coton, l’esclavage et l’industrialisation. Loin d’être une exception récente, la recherche de vêtements toujours moins chers s’est souvent appuyée sur la mise en concurrence des travailleuses et travailleurs et sur la dégradation de leurs conditions de vie.
Cette histoire est également jalonnée de drames et de mobilisations. Des premières lois encadrant le travail en usine au XIXe siècle à l’incendie de la Triangle Shirtwaist Factory en 1911, puis à l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013, les catastrophes ont rendu visibles des risques longtemps tolérés. Les progrès sociaux ne sont pas apparus spontanément : ils ont été arrachés par les mobilisations, les organisations collectives et la pression politique. L'histoire nous rappelle ainsi la force du pouvoir citoyen, des tout premiers boycotts contre le coton issu de l'esclavage en 1791, jusqu'à la création des premiers labels éthiques (le "White Label") à la fin du XIXe siècle.
Le jean constitue un exemple parlant. Présenté comme un vêtement robuste et universel, il peut dissimuler des procédés de finition dangereux, notamment le sablage, associé à la silicose chez les personnes exposées aux poussières. L’histoire du textile rappelle ainsi que les risques ne disparaissent pas nécessairement : ils sont parfois déplacés vers des régions où les protections sont plus faibles.
Audrey Millet a invité à nommer les mécanismes d’exploitation, à montrer les personnes concernées et à relier les luttes d’hier à celles d’aujourd’hui. Comme elle l’a souligné : « Rien n’est jamais venu du marché tout seul. »
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Sanna Abdessalem a prolongé cette perspective historique en décrivant les réalités actuelles de l’industrie textile mondialisée. Derrière les prix très bas et les délais de livraison toujours plus courts, les travailleuses et travailleurs supportent une part importante des coûts : rémunérations insuffisantes, horaires excessifs, risques d’accident, exposition à des substances dangereuses et absence de protection sociale effective.
Dans de nombreux pays de production, le salaire minimum légal reste très éloigné d’un salaire vital permettant de couvrir les besoins essentiels d’une personne et de sa famille. Selon les contextes et les références utilisées, l’écart peut atteindre un facteur de quatre à cinq. Cette situation fragilise l’accès à une alimentation suffisante, à un logement digne, à la santé et à l’éducation, tout en accroissant l’endettement des ménages.
Les risques ne se limitent pas aux accidents spectaculaires tels que le Rana Plaza en 2013 qui a fait 1134 mort·es et de nombreux blessé·es. En effet, des tragédies invisibles se produisent presque chaque semaine (noyades d'ouvrières dans des ateliers en sous-sol à Tanger, incendie meurtrier de Karachi, accidents mortels lors des trajets vers l'usine, etc.). À ces drames s'ajoutent les maladies professionnelles, les violences, les difficultés d’accès aux soins et les effets croissants du dérèglement climatique. Les vagues de chaleur dans les ateliers et les perturbations liées au climat rendent les conditions de travail encore plus difficiles, alors que les travailleuses et travailleurs disposent rarement des moyens nécessaires pour s’en protéger.
Il faut aussi souligner les limites des engagements volontaires des marques. Des codes de conduite, des audits ou des campagnes de communication ne garantissent pas, à eux seuls, le respect des droits. Les pratiques d’achat des donneurs d’ordre, la pression sur les prix et les délais, la liberté syndicale et l’existence de règles contraignantes sont déterminantes. Une mode véritablement durable doit être socialement juste, et les personnes qui fabriquent les vêtements doivent pouvoir participer aux décisions qui affectent leur avenir.
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Modératrice : Zoé Maus du CIEP du MOC
À partir d’un échange sur les besoins fondamentaux, les participant·es ont exploré ce que signifie réellement « vivre de son travail ». Se loger, se nourrir, se soigner, éduquer ses enfants, se déplacer et pouvoir constituer une épargne : un salaire vital doit permettre de couvrir ces besoins pour une personne et sa famille, sans imposer des horaires excessifs.
Le salaire vital ne se confond pas avec le salaire minimum légal. Des méthodes de calcul et des références internationales permettent d’estimer le niveau de rémunération nécessaire selon les pays, mais les montants effectivement perçus dans le textile restent souvent très inférieurs à ces seuils. Les participant·es ont aussi discuté de nouveaux coûts engendrés par le dérèglement climatique : santé, transport, alimentation, énergie ou adaptation des logements.
Stéphan Lepoutre a replacé cette revendication dans le cadre de la transition juste. Celle-ci ne peut se résumer à la réduction des émissions ou à l’introduction de technologies moins polluantes. Elle doit intégrer l’emploi décent, la formation, la protection sociale, les droits syndicaux et le dialogue social. Les travailleuses et travailleurs ne doivent pas être les variables d’ajustement de la transition écologique.
L’atelier a également mis en évidence le rôle des marques et des acheteurs dans la fixation des prix et des délais de production. Sans modification des pratiques commerciales, les fournisseurs disposent de marges limitées pour améliorer les rémunérations. Le salaire vital constitue ainsi à la fois une revendication immédiate et une condition structurelle d’une industrie textile plus juste.
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Introduction : Extraits du documentaire « Jeans Toxiques, la face cachée de l’industrie textile en Turquie » qui nous amène à la rencontre de Bego Demir, ancien sableur dans les filières turques de confection de jeans. Pendant des années, il a pulvérisé du sable à très haute pression pour obtenir cet effet usé si prisé. Il l’a payé de sa santé et s’engage depuis pour de meilleures conditions de travail dans l’industrie de l’habillement au sein notamment de la Clean Clothes Campaign avec achACT.
Cet atelier a pris pour point de départ les conditions de production et de finition des jeans, notamment en Turquie. Les opérations destinées à donner au denim un aspect usé peuvent exposer les travailleuses et travailleurs à des poussières et à des produits chimiques dangereux. Le sablage, historiquement utilisé pour vieillir artificiellement les jeans, a provoqué de graves maladies pulmonaires, dont la silicose. D’autres procédés impliquent des substances telles que le permanganate de potassium, qui nécessitent des mesures de protection adaptées.
Les risques sont particulièrement lourds pour les personnes migrantes ou employées de manière informelle, qui peuvent travailler de longues journées sans équipement adéquat, contrat stable ni couverture sociale. À travers le parcours d’un travailleur migrant en atelier de denim à Istanbul, les participant·es ont découvert comment une maladie professionnelle peut entraîner une perte de revenu et aggraver une situation déjà précaire.
L’atelier a toutefois rappelé que l’action collective peut produire des changements. Les campagnes menées contre le sablage des jeans ont contribué à son interdiction en Turquie en 2009 et à des avancées dans la prise en charge sanitaire. Les participant·es ont ensuite réfléchi aux responsabilités respectives des marques, des fournisseurs, des pouvoirs publics, des syndicats et des consommateur·rices.
La protection de la santé ne doit pas dépendre de la bonne volonté des employeurs ou de la capacité individuelle à se protéger. Elle exige des normes applicables, des contrôles, une protection sociale accessible et des mécanismes permettant aux travailleuses et travailleurs de faire valoir leurs droits.
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Développé par WSM, SAMPHEAP ! est un outil pédagogique participatif qui plonge les participant·es au cœur des luttes des travailleuses et travailleurs du textile au Cambodge. À travers un jeu de rôle inspiré des mobilisations salariales de 2013-2014, les participant·es incarnent différents acteurs et découvrent les rapports de force, les enjeux des négociations salariales et les obstacles à l’obtention d’un salaire vital.
L’outil permet de mieux comprendre les mécanismes de l’industrie textile mondialisée et l’importance de l’action collective et de la solidarité internationale pour défendre les droits des travailleuses et travailleurs.
Pour découvrir l’outil : sur demande à info@wsm.be et/ou dans la mallette pédagogique « Inégalités mondiales » du CNCD-11.11.11 — https://www.cncd.be/mallette-pedagogique-inegalites-mondiales.
Modératrice de la plénière : Jennifer Van Driessche (WSM)
Elsa Derenne a retracé l’évolution de l’industrie de l’habillement, du vêtement confectionné sur mesure au prêt-à-porter, puis à la fast fashion et à l’ultra-fast fashion. Ce modèle repose sur un renouvellement accéléré des collections, des volumes croissants et des stratégies commerciales qui encouragent les achats répétés.
La production mondiale de fibres textiles a fortement augmenté depuis les années 1970, avec une place majeure prise par les fibres synthétiques issues du pétrole. Les impacts se retrouvent tout au long du cycle de vie : consommation de matières premières et d’eau, émissions de gaz à effet de serre, pollutions liées à la teinture et aux traitements, diffusion de microplastiques et accumulation de déchets. Ces dommages touchent les écosystèmes, mais aussi la santé et les conditions de travail des personnes employées dans la filière.
Le Black Friday concentre ces mécanismes. Promotions présentées comme exceptionnelles, sentiment d’urgence, offres limitées dans le temps et stimulation des achats impulsifs contribuent à faire de la consommation un événement en soi. L’intervenante a montré comment le marketing mobilise des biais cognitifs pour accélérer les décisions d’achat, parfois au détriment de la réflexion sur les besoins réels.
La question de la qualité des vêtements a également été abordée avec nuance : si de nombreuses personnes ont le sentiment qu’elle se dégrade, cette évolution n’est pas toujours simple à établir de manière générale. En revanche, la rapidité de renouvellement des tendances favorise une obsolescence émotionnelle : un vêtement encore utilisable peut sembler déjà dépassé.
La réponse ne saurait se limiter à demander aux individus d’acheter « mieux ». Il faut également interroger les pratiques de production, les stratégies commerciales et les politiques qui rendent possible cette course permanente au volume.
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Franck Kerckhof a montré que la crise des déchets textiles n’est pas seulement visible dans les pays où des montagnes de vêtements usagés s’accumulent. Elle se manifeste aussi en Belgique, autour des bulles à vêtements qui débordent et dans les centres de tri saturés.
La fédération RESSOURCES représente 79 entreprises d’économie sociale et circulaire en Wallonie et à Bruxelles. Leur réseau compte plus de 300 points de vente de seconde main et collecte environ 35 000 tonnes de textiles chaque année. Pourtant, ces infrastructures ne suffisent plus à absorber les quantités mises sur le marché. À l’échelle mondiale, entre 100 et 150 milliards de vêtements seraient produits chaque année, dont une partie ne serait jamais vendue ni portée.
Le paradoxe est cruel : plus de vêtements collectés ne signifie pas davantage de valeur. Le tri, le stockage et le traitement coûtent de plus en plus cher, alors que la qualité et la possibilité de revente de nombreux textiles diminuent. Les entreprises d’économie sociale risquent ainsi de devoir assumer les coûts des déchets générés par la surproduction, tandis que les pièces les plus valorisables circulent de plus en plus sur des plateformes lucratives.
Franck Kerckhof a plaidé pour une responsabilité élargie des producteurs textile appliquant réellement le principe du pollueur-payeur. Les marques et entreprises qui mettent les vêtements sur le marché doivent financer leur collecte, leur tri et leur traitement en fin de vie, tout en soutenant la réparation et le réemploi local. Il a rappelé l'urgence absolue de la situation : ces financements doivent impérativement couvrir les coûts réels de collecte et de tri (qui coûtent aujourd'hui plus du double de ce qu'ils rapportent), sous peine de voir disparaître des acteurs historiques de l'économie sociale comme Les Petits Riens. La façon dont les règles et les financements seront définis en Belgique constitue un enjeu politique majeur.
Mais même un meilleur système de collecte ne résoudra pas le problème à lui seul. L’intervenant a rappelé qu’il faudrait multiplier considérablement les infrastructures pour absorber les flux actuels, une perspective peu réaliste dans de nombreux espaces urbains. Il faut donc agir en amont : produire moins, produire mieux et faire durer les vêtements. « La seconde main ne peut pas devenir la poubelle de la surproduction. »
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L’atelier a commencé par une « désintoxication du langage » : un exercice ludique invitant les participant·es à prendre du recul face aux slogans et aux formulations publicitaires. Des mots comme « durable », « responsable » ou « engagé » peuvent sembler rassurants, mais ne disent pas nécessairement ce qu’une marque fait réellement.
Lara Helsen de HIVA KU Leuven a ensuite distingué trois phénomènes. Le greenwashing exagère ou déforme les performances environnementales ; le social washing présente une image flatteuse du respect des droits du travail ; le genderwashing met en avant l’égalité de genre ou l’autonomisation des femmes sans forcément remédier aux inégalités structurelles.
L’étude présentée par Lara Helsen a examiné 24 affirmations de H&M, Inditex (Zara), Shein et Uniqlo à l’aide de huit critères portant notamment sur la précision des promesses, les preuves disponibles, la transparence et la reconnaissance de la responsabilité des marques. Parmi ces affirmations sélectionnées, 14 présentaient un risque élevé de communication trompeuse et 10 un risque moyen ; aucune n’était classée à faible risque. Ces résultats concernent l’échantillon étudié et ne constituent pas une mesure de toutes les communications de ces marques.
Une déclaration de H&M sur l’égalité des chances et le bien-être de toutes les femmes du secteur a permis de montrer les limites des engagements très généraux : qui est couvert, selon quels indicateurs, avec quels résultats vérifiables ? Une affirmation d’Inditex sur sa gouvernance climatique a soulevé des questions similaires sur la portée et la mesurabilité des promesses.
Lara Helsen a enfin présenté des pistes d’action : comparer les slogans aux données publiques, mobiliser à la fois la protection des consommateurs et les droits du travail, et exiger des changements concrets plutôt qu’une simple correction des mots. Une communication responsable ne suffit pas à faire une entreprise responsable.
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Pour retrouver l’étude de HIVA de la KU Leuven, cliquez ici
Cet atelier participatif a invité les participant·es à questionner leurs représentations et les stéréotypes associés à la fast fashion. À travers un jeu de positionnement, chaque personne était amenée à réagir à une affirmation tirée au hasard. L’objectif était de susciter la réflexion, de confronter différents points de vue et de déconstruire collectivement certaines idées reçues sur la consommation de vêtements.
L’exercice a permis d’aborder la fast fashion sous l’angle des inégalités sociales et des réalités économiques. Derrière les choix vestimentaires se posent en effet des questions de pouvoir d’achat, d’accessibilité, de pression sociale et de responsabilité. Cette approche invitait à dépasser les jugements individuels sur les habitudes de consommation et à prendre en compte la diversité des situations vécues.
L’enjeu : ouvrir le dialogue et encourager un regard plus nuancé sur la fast fashion, sans culpabiliser les personnes qui y ont recours.
Ce dernier atelier était tourné vers la mobilisation. Il y a d’abord eu un Mentimeter autour des apprentissages de la journée. Ensuite, la campagne « L’industrie du jeans laisse des traces » a été présentée. En effet, environ 4,5 milliards de jeans sont vendus chaque année dans le monde. Leur production consomme d’importantes ressources et peut exposer les travailleuses et travailleurs à des procédés dangereux.
La campagne « L’industrie textile laisse des traces » de WSM veut rendre visibles ces conséquences souvent cachées : salaires insuffisants, atteintes à la santé, manque de protection sociale, chaleur extrême et pollution. Pour découvrir notre campagne, c'est ici.
Le Black Friday du 27 novembre 2026 constitue un temps fort de mobilisation, avec des initiatives envisagées dans différentes villes belges pour :
Rendre visible dans l’espace public la surproduction massive dans le secteur de la mode et ses conséquences… catastrophiques
Montrer qu’une autre façon de faire est possible, en mettant en avant certaines initiatives positives (locales) : repair cafés, des ateliers upcycling, des magasins de seconde main, … ainsi qu’en invitant à signer le Manifeste pour une mode juste !
Les participant·es ont ensuite choisi de travailler en deux groupes pour imaginer des actions de rue.
Passons à l’action ! Imaginons…
Comment mobiliser des gens qui sont en train d’acheter des vêtements dans une rue commerçante?
Comment mobiliser les jeunes à la sortie d’une gare?
Proposition du groupe 1 — Un défilé décalé dans une rue commerçante
Le premier groupe a imaginé un défilé de mode visuel et surprenant, capable de retenir l’attention des passant·es. Les tenues pourraient utiliser des bouteilles en plastique pour évoquer les fibres synthétiques, des taches colorées pour représenter les substances chimiques, ou une accumulation excessive de vêtements pour rendre tangible la surconsommation.
Après cette performance, l’idée serait de discuter avec le public et de lui remettre une carte des « trésors » locaux : magasins de seconde main, lieux de réparation, ateliers d’upcycling et autres alternatives accessibles dans la région. Le groupe a également souligné l’intérêt d’associer les médias pour amplifier la portée de l’action.
Proposition du groupe 2 — Des jeux à la sortie d’une gare
Le deuxième groupe a privilégié des activités courtes, ludiques et non culpabilisantes pour sensibiliser les jeunes. Une première proposition consistait à déposer un jeton dans une urne indiquant combien de vêtements on possède, afin de réfléchir au contenu de sa garde-robe.
Une autre idée prenait la forme d’un magasin fictif : les jeunes composeraient un panier de vêtements puis tenteraient d’en estimer le « juste prix », avant de discuter des coûts sociaux et environnementaux invisibles derrière l’étiquette.
Enfin, un vote avec trois urnes visibles — citoyen·nes, grandes marques et pouvoirs publics — permettrait de débattre des responsabilités dans les dérives de la fast fashion. Le groupe a insisté sur l’importance du jeu, de la bonne humeur et du dialogue, sans choquer ni culpabiliser.
Vous fourmillez d’idées créatives et innovantes pour transformer les constats de la journée en interventions concrètes et créatives dans l’espace public.
Rejoignez nous pour passer à l’action le 27 Novembre 2026 lors du Black Friday !
Pour conclure la journée, Sabine Jennes (WSM) a remercié les participant·es ainsi que les intervenant·es et les organisations partenaires pour l’organisation de cette journée, notamment achACT asbl, le CIEP du MOC, la FTU, la CSC, Ecoconso, la fédération Ressources et HIVA de la KU Leuven. Elle a souligné l’importance de renouer avec ces journées de lancement de campagne, afin de rassembler les organisations et les citoyen·nes autour d’une même vision et de donner envie de poursuivre la mobilisation.
Cette ambition s’appuie sur les luttes menées dans les pays de production. Sabine Jennes a rappelé le travail des partenaires syndicaux CAWDU au Cambodge, NGWF au Bangladesh et GARTEKS en Indonésie, ainsi que celui de GK au Bangladesh dans le domaine de la santé, et des réseaux internationaux Clean Clothes Campaign et la Confédération Syndicale Internationale. Une mode juste ne peut se construire sans les voix des travailleuses et travailleurs qui fabriquent nos vêtements.
Le slogan de la campagne — « L’industrie du jean laisse des traces » — rappelle les effets durables de la production textile sur les personnes et l’environnement. En réponse, le Manifeste pour une mode juste dessine un horizon fondé sur neuf priorités : le travail décent ; une protection sociale universelle ; des moyens de subsistance qui passent avant les profits ; la participation de chacun·e aux décisions ; une production répondant aux besoins dans les limites planétaires ; des salaires et une sécurité de l’emploi en hausse, tandis que les volumes de production diminuent ; des entreprises qui assument leurs responsabilités ; des vêtements porteurs de sens et de valeur ; enfin, l’action collective et la solidarité internationale.
Pour conclure, Sabine Jennes a invité chacun·e à relayer la campagne, à faire débattre et se mobiliser les jeunes, à utiliser les outils de sensibilisation mis à disposition et à signer le Manifeste pour une mode juste. Les actions prévues autour du Black Friday constituent un prochain rendez-vous pour rendre visibles les conséquences de la surproduction et défendre des alternatives. La défense de la coopération internationale et de la solidarité avec les partenaires des pays de production demeure également essentielle.
C’est ensemble qu’on pourra inverser le cours des choses et dessiner l’horizon juste et durable qu’on souhaite. Nous avons besoin de citoyen·nes conscient·es, d’alternatives durables respectant l’humain et les limites planétaires ; d’entreprises responsables et de décideur·euses qui placent le bien commun avant le profit. C’est l’action collective qui permettra de construire une industrie textile respectueuse des droits humains et des limites de la planète.
Et après ? Faire vivre la mobilisation !
La journée a fait apparaître une conviction partagée : les droits des travailleuses et travailleurs, la santé, le climat, les ressources et les déchets ne peuvent être traités séparément. Un vêtement réellement durable doit être conçu pour durer, mais aussi fabriqué dans des conditions dignes et rémunéré à sa juste valeur.
Les pistes évoquées se renforcent mutuellement : garantir un salaire vital et une protection sociale, imposer des responsabilités aux marques, réduire la surproduction, soutenir les filières solidaires de réparation et de réemploi, et développer une mobilisation citoyenne qui dépasse les seuls gestes individuels.
Les actions envisagées autour du Black Friday du 27 novembre 2026 constituent une occasion de porter ces revendications dans l’espace public. La suite se construira avec les organisations, collectifs et personnes qui souhaitent agir pour une industrie de la mode plus juste.