7 mars 2026

Où se trouve la Mariama en chacun.e de nous ?

Guinée, 24/02/2026 - Cinq heures de route sur des chemins poussiéreux et chaotiques. C'est la distance qui sépare Mamou de Téguéréya. Il y a un centre de santé avec un médecin, une sage-femme et une pharmacie pratiquement vide. Pas d'eau potable, pas d'électricité. Depuis 2025, Téguéréya dispose d'une mutuelle. Et celle-ci mobilise toute la communauté.

C'est ce qui ressort de l'histoire poignante d'un père dont la petite fille devait être opérée d'urgence à Mamou. Sa voix se brise lorsqu'il raconte son histoire lors de la réunion organisée pour tous·tes les habitant·es à la maison communale. « Non seulement elle a été sauvée, mais nous n'avons pas dû vendre de vache pour payer la facture. Nous avons pu le faire grâce à notre mutuelle. » Ici, les vaches – et leur lait – ne sont pas un bien, mais un moyen de subsistance. Ne pas vendre de vache, c'est préserver son avenir.

Le bourgmestre, le président et le trésorier lancent chacun un appel passionné pour inciter les habitant·es à devenir membre de la mutualité. La question de l'eau revient également à chaque fois. Les travaux de forage d'un puits par les pouvoirs publics ont été brusquement interrompus il y a des années. Sans explication. Le matériel n'était pas adapté pour forer suffisamment profondément, dit-on. Quand l'eau potable coulera-t-elle enfin ici ? L'eau est synonyme de santé, c'est donc une question que la mutuelle soulève auprès des autorités.

L'imam conclut par une bénédiction pour la communauté et pour la mutuelle. Entre-temps, la salle est complètement remplie. Les hommes à l'avant, les femmes à l'arrière. Les gens se pressent dans les embrasures de porte pour pouvoir au moins apercevoir quelque chose. Le bourgmestre s'apprête à conclure.

C'est alors que cela se produit. Mariama apparaît dans l'embrasure de la porte. Elle s'est frayé un chemin à travers la foule et se tient désormais à l'avant. Elle tripote brièvement son foulard. Mariama est la jeune veuve qui tient la petite boutique en face du centre de santé. Elle a cinq enfants. Tout le monde connaît Mariama.

« Je voudrais ajouter quelque chose », dit-elle d'une voix claire et forte. Cela ne figurait pas au programme.

« Seuls les hommes ont pris la parole ici », commence-t-elle. « Alors que la santé est avant tout une affaire de femmes. Nous mettons les enfants au monde. Nous prenons soin d'eux. Nous allons chercher l'eau. C'est bien que les hommes défendent l'importance de la mutuelle, mais les femmes doivent aussi faire entendre leur voix. Au nom de toutes les femmes, je dis : cette mutuelle est aussi la nôtre. Pour en devenir membres, mais aussi pour la diriger. Et ainsi lutter pour une eau potable propre. Notre mutuelle porte le nom d'une femme – elle a donné la vie au moment où la mutuelle est née. Quand les femmes auront-elles donc leur mot à dire dans la gestion ? »

Le silence est rompu par un tonnerre d'applaudissements. Surtout au fond de la salle. Mariama a pris la parole. Calmement. Avec force. Sans colère, sans drame. Simplement en se levant et en revendiquant sa place. Ses paroles me serrent la gorge. C'est ça, le courage. C'est ça, le leadership.

Nous applaudissons aussi. Et je me demande : où se cache la Mariama qui sommeille en chacun de nous ? Elle comprend ce qui compte vraiment : les droits ne sont pas offerts. Ils sont revendiqués. Défendus. Portés par les gens eux-mêmes. Par les femmes et les hommes.

Que ce soit le message qui résonne haut et fort le 8 mars, Journée internationale des femmes, et tout au long de l’année.

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