15 décembre 2022

L'effet papillon d'Anatole Mangala

Le docteur Anatole Mangala a récemment été nommé directeur du Fonds de Solidarité de Santé en République Démocratique du Congo. Alors qu'il travaillait comme médecin, il a vu comment les mutuelles de santé pouvaient fournir des soins de qualité à un plus grand nombre de personnes. Cela l'a motivé à commencer à soutenir ces mutuelles afin qu'elles puissent se développer et prospérer. Aujourd'hui, il construit avec ces structures une protection sociale pour tou·tes les Congolais·es ayant un emploi informel.  


Kinshasa, RD Congo

«?En RD Congo, 85 % des personnes gagnent leur vie dans l'économie informelle. Ces petits indépendant·es, agriculteur·rices, exploitant·es de stands de nourriture, ouvrier·es  du bâtiment, ... ne paient généralement pas de cotisations de sécurité sociale. Leurs revenus sont trop faibles et aucune loi ne les oblige à le faire. Mais celles et ceux qui ne cotisent pas ne peuvent pas non plus compter sur un revenu de remplacement ou une assurance maladie en cas de besoin. Et cela doit changer?! Il est de ma responsabilité aujourd'hui - au nom du gouvernement - d'établir l’accès à la protection sociale pour ce groupe de personnes vulnérables. C’est exactement l’effet papillon recherché, car on protège ainsi plus de gens.  

Mon effet papillon personnel ? Sans aucun doute, la confiance que j'ai acquise au fil des ans. Cela a commencé dans les années 1990, lorsque j’ai rencontré la sœur belge Maria Masson. J'ai travaillé avec elle en tant qu'infirmier dans le diocèse de Bukavu au Sud-Kivu. Nous conseillions les patient·es atteint·es du VIH dans différentes paroisses. Quand je lui ai parlé de mon rêve de devenir médecin, elle a organisé ma bourse d'études. Maria m'a inspiré. Elle a expliqué le fonctionnement des mutuelles de santé en Belgique. Elle m'a encouragé à me spécialiser dans la santé publique. Après ma spécialisation, j'ai travaillé comme médecin et coordinateur du réseau médical de Bukavu. J'ai coordonné plusieurs centres de santé. Convaincus que les mutuelles de santé avaient également des chances de succès dans mon pays, nous avons mis en place les premières mutuelles congolaises avec le soutien et les conseils de la Mutualité Chrétienne de Belgique.  

En 2012, je suis devenu cofondateur et directeur technique du CGAT, une organisation qui guide les mutuelles de santé. En cours de route, j'ai appris que la confiance des responsables politiques est également cruciale. Nous les avons impliqué·es lorsque nous avons organisé des débats ou encore en les invitant à des sessions de formation. Cela s'est avéré être important et fructueux. Au cours de ces années, le CGAT, aujourd'hui partenaire de WSM, a organisé la formation des médecins-conseils liés à une mutuelle de santé, qui garantissaient des soins de qualité à leurs membres. Grâce à nos contacts et allié·es politiques, le gouvernement a décidé de faire de cette fonction une profession officielle et de prendre le contrôle de la formation elle-même. Depuis lors, le CGAT, le gouvernement, les facultés de médecine et l'Ordre des médecins travaillent en étroite collaboration et davantage de médecins consultant·es sont formé·es.  

Il est clair pour moi que la société civile est un catalyseur pour un système de protection sociale qui fonctionne bien. Les syndicats et les projets d'économie sociale permettent à un plus grand nombre de personnes de pouvoir gagner un salaire décent. Les organisations de personnes âgées, de femmes et de jeunes changent littéralement des vies grâce à leurs services. C'est donc naturellement que j'ai rejoint WSM en 2016 pour soutenir les mouvements sociaux du réseau WSM en Afrique centrale.  

Au fil des années, les mutuelles de santé congolaises se sont développées et renforcées. Aujourd'hui, sous ma direction et au nom du gouvernement, elles collectent les contributions des travailleur·euses de l'économie informelle. Mais nous avons encore du chemin à parcourir?car les mutuelles de santé doivent gagner la confiance de la population. Ensuite, la population âgée croissante a des besoins spécifiques, les revenus doivent donc augmenter. Dans tout cela, les mouvements sociaux, avec leurs services, leurs formations et leur travail politique, font une différence cruciale. Je remercie donc les lecteur·rices de ce magazine pour leur don à WSM, merci pour votre confiance ! C'est et cela restera un battement d'aile important pour bâtir le changement?!?» 

Soutien l'effet papillon d'Anatole Mangala

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